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Etienne (Maxima)

Etienne est l'un des graphistes qui compose le collectif Luuse. Aujourd'hui, il nous parle de la nécessité de créer du commun.

Peux-tu te présenter ? C’est quoi ton activité ici ?
Je m’appelle Etienne, je suis graphiste, développeur et enseignant en école d’art. Je fais partie du collectif Luuse, qui vient de se muter en ASBL. Le collectif a un peu plus de quatre ans. On a une approche du design assez spécifique. On accorde beaucoup d’importance à nos outils, à leur appropriation et à la manière de travailler, à nos méthodes et processus. Il y a des enjeux importants au niveau de la transmission de savoirs et de savoir faire. Notre champ d’action s’étend essentiellement aux milieux culturels et associatifs. On remet beaucoup en question les principes client / commanditaire, c’est des terminologies dont on essaie de s’emparer : comment travailler avec des gens et pas pour des gens.

 

Ça veut dire quoi Luuse ?
C’est la contraction de user et loser, c’est un terme qui se moque un peu des gens qui font de la merde avec les ordi, et nous on fait pas mal de merde sur nos ordi !

 

Tu peux nous en dire un peu plus sur ce lieu ?
Maxima c'est un lieu très chouette avec plein de potentiel. J’ai vraiment hâte que ça se libère un peu niveau restrictions sanitaires pour faire vivre cet endroit. Nous on est arrivé·e·s en février. Il y a beaucoup de valeurs que je partage dans l’idée de communs, partager des savoirs justement, du matériel mais aussi des projets. Y a plein de choses à faire ici ! On a envie de collaborer avec les autres personnes qui portent des projets. L’ouverture sur le quartier c’est des choses qui nous manquaient beaucoup. Avant on avait un atelier en entre-sol, on était entre nous, on voyait personne d’autre. On s’est rendu compte que c’était un peu toxique et pas vraiment constructif. On a toustes de grandes ambitions de contribuer à des choses, au-delà de notre pratique de graphiste. Je suis hyper content qu’il y ait des ateliers bois ici par exemple. Sortir de ses champs d’actions je trouve ça chouette. Pouvoir organiser des événements, des ateliers, des concerts, j’adorerais, ça me manque tellement.

 

Ça veut dire quoi pour toi faire commun ?
Il y a un aspect clairement politique. Je viens d’une pensée politique assez radicale - c’était aussi la fougue de la jeunesse - n’empêche que ça reste en moi. On doit chercher d’autres modèles de société. Ici, c’est une initiative géniale, bien qu’inscrite dans un modèle économique car malheureusement on ne peut pas en échapper. Mais on cherche des interstices, des petits espaces où on peut créer d’autres choses. D’un point de vue social, culturel et humain, c’est indispensable. Je serais personnellement incapable de vivre en autarcie dans mon coin. Je trouve qu’il n’y a rien de plus émancipateur que de faire du commun.

 

Ce serait quoi ton rêve pour ce lieu ?
De pouvoir faire un toit jardin ! Sinon c’est l’ouverture sur l’extérieur qui m’importe. Organiser des évènements avec le quartier.

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Quel est ton regard sur l’occupation à Bruxelles ?
Je suis allé voir le festival Coucou Puissant en octobre. Je ne me rendais pas compte qu’il y avait encore une telle énergie du squat à Bruxelles, j’avais l’impression que ça s’était un peu étouffé. C’est important de garder une certaine radicalité. C’est chouette aussi qu’on trouve des compromis, comme le fait Communa par exemple. Ça permet de créer des choses, autant s’en emparer. Après, y en a qui deviennent des sortes d’agences immobilières du bail précaire, je trouve ça douteux et inquiétant. C’est toujours pareil, une pensée libérale qui s’empare de tout et même des contre-cultures. L’aspect culturel aussi est très important, c’est une de choses qui m’a fait venir à Bruxelles. J’étais fou en arrivant ici, y avait trois, quatre concerts par semaine, souvent dans des occup’.


Avec une baguette magique, tu changerais quoi à Bruxelles ?

Peut-être se méfier de l’institutionnalisation culturelle qui atténue les énergies souterraines. Ce serait pas une baguette magique mais plutôt un écran de protection.


T’as vu une une bonne expo récemment ?

Versimilitude au Mima, c’est de l’art numérique, esthétique cyber punk et post-apo. C’est une bonne surprise, il y a de très belles choses, je recommande !

Mars 2021
Photo : Benoît Barbarossa
Pour suivre les activités de Luuse, c’est par ici

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