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Personnage haut en couleurs et véritable couteau suisse, Awatif nous raconte le chemin qui l'a menée à s'impliquer dans la lutte contre le sans abrisme.

Peux-tu te présenter ? C’est quoi ton activité ici ?


Je suis Awatif Majid, je suis née à Dusseldorf le 6/6/66. Je suis arrivée en Belgique quand j’étais gosse. J’ai étudié à l’ULB en élève libre, puis j’ai fait des études en interprétariat. Ensuite je me suis lancée dans les affaires, j’ai ouvert des boutiques de vêtements, un restaurant, un café, une salle d’évènement, une discothèque. En 2008, j’ai ouvert le cercle littéraire Victor Hugo qui s’est finalement transformé en centre d’accueil pour personnes sans abris. Du cercle Victor Hugo à Job Dignity je suis littéralement passée d’un univers à paillettes au sans-abrisme.

Ouvrir ce centre, m’occuper de ces personnes, c’était un univers tout nouveau pour moi. Il faut quand même être formé·e, avoir des compétences, des outils. Au bout d’un moment je leur ai demandé si elles n’avaient pas envie de sortir de cette détresse. Et à l’unanimité on m’a dit oui. Moi je suis conceptrice de projets. Je me suis dit « et si on créait un incubateur? » N’étant pas issue du milieu associatif, j’ai commencé à démarcher, voir un peu ce qui existait à Bruxelles. Il y avait beaucoup d’occupationnel mais peu choses en place pour aider les gens à sortir du sans abrisme. Je me suis donc lancée en terre inconnue. J’ai rencontré beaucoup de collectifs, des militants, des assos. Job Dignity est née. On propose des formations en vente de vêtements, bijoux, chaussures et maroquinerie, pour devenir assistante fleuriste, assistante make-up. Les formation en vente et horeca je les dispense moi-même. Pour les autres je fais appel à des partenaires. Après les formations, il s’agit de faire engager les personnes.

Suivre une formation le jour et retourner en rue le soir, comment ça se passe ?

C’est difficile, évidemment. L’objectif du projet c’est de rentabiliser ce temps perdu, à errer en rue ou à se cacher, et faire de l’ennui quelque chose. Maintenant ces femmes dorment au Samu Social ou chez des ami·e·s.

Job Dignity c’est un incubateur de réinsertion par l’emploi pour les femmes sans abris. Est-ce que tu inscris ce projet dans une démarche féministe ?

Ça ne vient pas tant d’une volonté féministe que par sécurité. A l’époque j’ai ouvert un centre de 800m2 que je tenais toute seule, sans une équipe derrière moi, il a fallu que je me protège. Ou alors je suis une féministe qui s’ignore !


Comment ton activité s’est matérialisée au Tri Postal ?
Avec le covid et l’explosion de la précarité, on a crée Food Dignity pour faire des distributions de colis alimentaires. Ça va de 300 colis à 1300 colis par distribution. Pendant la première vague en mars 2020 on a distribué des centaines de colis par jour. Aujourd’hui nous sommes à la recherche d’un espace plus grand pour poursuivre l’activité de distribution et relancer l’incubateur.

C’est quoi ton meilleur souvenir ici ?
L’évènement Homografia au mois d’octobre, c’était magique, ça restera un très beau souvenir. La soirée d’ouverture du Tri Postal aussi, c’était Woodstock !

Ça veut dire quoi pour toi faire commun?
Faire commun c’est s’enrichir des compétences des autres, des expériences. C’est le partage, l’entraide, c’est des choses que j’ai trouvé ici. Tout le monde est solidaire, c’est une très belle communauté d’entre-aide. C’est ma première vraie expérience de communs.

 

 

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Avec une baguette magique, tu changerais quoi à Bruxelles ?
Je mettrais des bancs publics, des plantes et des toilettes partout. Et que ce soit propre. Ça ne me paraît pas utopique !





Comment on fait pour régler le problème du sans abrisme ?

Je n’ai pas la solution, et pourtant la solution elle est là. Le sans abrisme a un coût. Quand une personne dort dehors il y a un éboueur qui doit passer nettoyer derrière, il y a toute une logistique à mettre en place. Dormir au Samu Social ça a un coût. Un sans abris coute à la caisse publique 130€/jour. Donc ça fait dans les 3500€/mois. Mais il faut une vraie volonté politique. Il y a les travailleur·euse·s sociaux qui gravitent autour du sans abrisme. Il y a plus de personnes investies dans des associations qui luttent contre le sans abrisme que de sans abris, c’est important de le savoir. Pour moi il faudrait pouvoir porter plainte contre l’État et demander l’application de l’article 23 de la Constitution. Les lois sont faites, elles sont là, appliquons-les. Ça demande une vraie volonté au sein du parc associatif. Il y a cette peur de porter plainte et qu’on nous coupe les subventions, ce que je comprends. Mais à un moment donné nous devons être courageux·ses et condamner les personnes qui pilotent tout ça et qui ne respectent pas la loi. Il y a 6 millions de mètres carrés vides à Bruxelles. Il y a les espaces. C’est criminel. C’est un crime contre l’humanité de dormir dehors. Nous allons continuer à militer, se réunir et agglomérer toutes les compétences pour lutter.

Mars 2021
Photos : Benoît Barbarossa
Pour suivre les activités de Job Dignity, c'est par ici

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